Après la bataille, une médecin yazidie combat les fantômes de l'EI

Après la bataille, une médecin yazidie combat les fantômes de l'EI
Source : Sciencesetavenir.fr
13/03/2019 11:06

La bataille militaire contre le groupe Etat islamique (EI) touche à sa fin, mais le combat que livre la gynécologue irakienne Nagham Hasan, lui, dure encore. Car "la tristesse est toujours là chez les survivantes" de sa communauté martyrisée, les Yazidis.

"Où qu'elles aillent, elles souffrent et ne pourront jamais oublier", affirme à l'AFP cette praticienne de 41 ans qui a elle-même dû fuir avec sa famille sa ville de Bachiqa, près de Mossoul, pour Dohouk, au Kurdistan irakien.

Plus de quatre ans après l'irruption de l'EI, aujourd'hui défait en Irak, les cicatrices invisibles laissées par les marchés aux esclaves, les viols, les mariages forcés et l'enlèvement de milliers de femmes sont toujours là. Et elles continuent de hanter cette minorité des confins montagneux du nord irakien.

Alors parfois, Nagham Hasan doit décrocher son téléphone en pleine nuit. Ou même accueillir des patientes dans l'appartement qu'elle partage avec ses parents et ses frères et soeurs depuis la destruction de leur maison pendant la guerre.

- 1.000 récits de l'horreur -

 

"Ma vie familiale, sociale, mon travail, tout a été touché par ce que je fais maintenant", résume cette Irakienne, célibataire et sans enfant, en repoussant ses cheveux mi-longs derrière son oreille.

Au début, elle effectuait des visites ponctuelles dans des camps de déplacés ou chez des familles. Mais rapidement, elle a décidé de fermer son cabinet pour se consacrer à ce qui est devenu de moins en moins de la gynécologie et de plus en plus de la psychothérapie. Avec son lot d'idées noires.Des réfugiés yazidis sont assis devant une tente dans le camp de Kabarto en Irak, le 3 février 2019 (AFP - SAFIN HAMED)

"Ces sentiments négatifs déteignent sur moi", confie-t-elle. "Ma soeur fait des études de médecine et je lui ai déjà dit de ne surtout pas faire comme moi".

Elle, en revanche, ne renoncera pas. Maintenant que tout le monde a son numéro, son téléphone n'en finit plus de sonner.

A chaque fois, la docteure Hasan répond, écoute et se déplace pour panser les plaies béantes laissées par la percée fulgurante des jihadistes, qui ont enlevé femmes et enfants yazidis à l'été 2014, transformant les premières en esclaves sexuelles et les seconds en enfants-soldats.

Après ce que l'ONU décrit comme un potentiel génocide, chaque jour des familles appellent, désemparées face à une soeur, une épouse ou une fille, blessée, insomniaque, prise de crises de panique ou même suicidaire.

Grâce à la présence d'une médecin issue de leur communauté, assure-t-elle, "elles se sentent en confiance et on peut briser le mur de la peur".

Derrière ce mur, le récit de l'horreur: celle qu'ont vécu les 1.000 survivantes yazidies que la médecin a déjà aidées, et toutes les autres qu'elle doit encore rencontrer.

Il y a eu cette jeune fille, violée à 22 reprises par des jihadistes, cette fillette, qui n'avait que huit ans quand les hommes du "califat" auto-proclamé l'ont enlevée et maltraitée...




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