La vie en rose…

La vie en rose…
Source : Lesinfos.ma
25/05/2019 11:00

Chers lecteurs,

J’espère que vous vous portez bien en ces temps incertains et que le jeûne, si toutefois vous faites partie du club très peu select des « jeûneurs », ne vous épuise pas trop. Pour ma part, je vais relativement bien. Je vous avoue que j’ai passé la semaine à rire (nerveusement, j’entends bien) et à m’indigner tout en marmonnant quelques insanités dans mon coin, dont seule ma petite personne a le secret. Il faut dire que la vie dans le plus beau pays du monde n’est plus si évidente et que parfois, j’ai bien envie de prendre ce qu’il me reste de cerveau et voguer vers d’autres horizons moins…comment dirais-je ...« schizophréniques ». Voilà !

En début de semaine, l’affaire de l’humoriste molesté en direct par un flic – ma foi, pas très amical - faisait encore couler beaucoup (trop ?) d’encre. Mais cette fois-ci un certain média que je ne nommerai pas - je vous dirai juste qu’il a tendance à exposer les informations locales 360 degrés plus au nord de la réalité (vers les sommets, voyez-vous) -  y est allé de son petit commentaire pour expliquer à ses centaines de milliers d’abonnés que si ce citoyen s’est fait agresser, c’est parce qu’en réalité il était coupable de plusieurs infractions routières, que le policier n’a donc rien fait de bien méchant et que l’humoriste va avoir de gros problèmes. En d’autres termes, ce média (et d’autres, atteints de suivisme chronique, lui ayant naturellement emboîté le pas) est arrivé avec ses grands sabots injecter dans le cerveau des Marocains que lorsque leurs droits sont bafoués, il y a « certainement une raison » et que s’ils s’attaquent aux autorités, ce sont eux qui risquent de finir derrière les barreaux. Édifiant. Nous apprendrons quelques heures plus tard que la victime a préféré « retirer sa plainte » parce que, dit-elle « à quoi ça me servirait que ce policier soit sévèrement puni ? ». Ah le pardon ! Qu’est ce que c’est beau ! Bref, niveau bêtise, disons que le comédien n’a pas grand chose à envier au blog officieux des hautes sphères de l’État et que le sacro-saint pardon qu’on accorde aux bourreaux est l’une des principales raisons pour lesquelles un droit sensé être inaliénable dans ce pays se transforme en simple option. Mais qu’importe, n'est-ce pas ?

Deux jours plus tard, l’affaire d’une adolescente molestée par le chauffeur de son bus scolaire faisait les gros titres (oui, ici on se mêle de ce qui ne nous regarde pas et on frappe). Ainsi, la victime qui est âgée de 14 ans, a été violemment agressée et insultée par cet « homme » qui lui reprochait de manger en plein jour pendant le Ramadan (les parents de la jeune fille expliqueront plus tard – oui parce qu’il faut s’expliquer – que leur fille avait tout simplement ses menstruations). Et cet énergumène ne s’est pas contenté de la violenter ! Non ! Il est parti raconter aux élèves et aux professeurs de son établissement qu’elle était athée (ce qui a provoqué, bien entendu, des réactions pour le moins « inamicales »). Oui, quand tu ne fais pas le Ramadan, tu es forcément athée et l’athéisme est extrêmement mal vu en terre d’islam. Du coup, tu as les « justiciers d’Allah » qui viennent te refaire le portrait parce que tu n’as pas le droit d’avoir des convictions autres que les leurs et que tu as par conséquent ébranlé leur foi ô combien fragile ! Et il ne se passe plus un seul Ramadan sans qu’on ne se retrouve avec pareils faits divers. La violence est devenue tellement normalisée que ces fous de Dieu estiment avoir le droit de « convertir » par la force leurs compatriotes « fauteurs », dans l’indifférence des autorités qui ne songent pas à appliquer des peines exemplaires pour décourager les prochains malades mentaux…  Et il y en aura d’autres, croyez-moi, ouvrons les paris !

Pour clôturer cette semaine rocambolesque, les médias (parmi lesquels figuraient les plus sérieux), ont lancé une information selon laquelle le maire de Rabat allait mettre en circulation des bus roses (très imaginatif, en effet) exclusivement réservés aux femmes. Inutile de vous dire le bruit que ça a fait sur les réseaux sociaux. Une boucherie ! Alors bon, moi en tant que femme libre, pro-égalité des sexes, droits de l’Homme (et tout ce qui en suit), bien entendu que j’étais indignée par ce ségrégationnisme à peine déguisé. Bien sûr que j’étais scandalisée par cette solution de facilité, aveu d’un État dont la lutte (aussi frêle que ridicule) contre les violences faites aux femmes dans les espaces publics est un échec cuisant. Mais n’étant pas une passagère régulière (ni même occasionnelle) de ces engins, j’ai préféré demander l’avis des principales concernées à un arrêt de bus à Casablanca et elles sont unanimes. Elles disent que l’idée est « Bikhir » et qu’elles auraient tellement aimé que cela soit le cas à Casablanca aussi parce qu’elles en ont marre des « malades » (et je les cite) qui « aiment se frotter à elles dans le bus ». Bien sûr ce n’est pas une étude approfondie que de poser la question à une vingtaine de femmes, mais on peut déjà avoir une petite idée sur la question de la part des concernées directement. Et très honnêtement je crois que nous, un chouïa moralisateurs et impulsifs, dans le confort de nos voitures et autres taxis, nous ne se rendons pas compte que d’autres ne peuvent se permettre le luxe de voir le problème sous le même angle que nous. En fait, elles ne considèrent même pas que c’est un « problème » en soi, au vu de la gravité de la situation. Elles pensent d’abord à leur propre calvaire et c’est totalement compréhensible. Je n’aime donc pas cette « solution », mais je comprends clairement celles qui en sont heureuses… Malheureusement.
Bref, tout ceci était finalement une énorme « fake news » que le maire de Rabat a formellement démentie. Nous avons donc perdu notre temps et notre énergie à débattre d’un sujet qui n’en est pas un en réalité. M’enfin bon, merci les médias, « nous avons ramené l’moghrob » grâce à vous et avons ouvert un débat fort intéressant même si les insultes ont fusé d’un côté comme de l’autre… mais pour un peuple dont la moitié ne sait pas s’exprimer sans violence, n’est-ce pas là aussi la norme ? Je me le demande !
Allez, je vous laisse et vous donne rendez-vous la semaine prochaine !

Majda EL KRAMI



 

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