Décès de Mohamed Morsi : L’Égypte accusée de graves violations de droits humains

Décès de Mohamed Morsi : L’Égypte accusée de graves violations de droits humains
Source : Lesinfos.ma
19/06/2019 11:00

L’ONU a réclamé mardi une enquête «minutieuse et indépendante» après la mort en plein tribunal du président égyptien déchu Mohamed Morsi. Même son de cloche du côté d’Amnesty International et de Human Rights Watch qui accusent l’Égypte de « graves violations des droits humains ».  

Deux jours à peine après le décès du président égyptien déchu, Mohamed Morsi, la polémique continue d’enfler. Le Parti de la liberté et de la justice qui parlait déjà d'un « assassinat » lundi, a dénoncé dans un communiqué de mauvaises conditions de détention dont « le but était de le tuer à petit feu ». L'ONG Amnesty International a pour sa part demandé aux autorités une « enquête immédiate » sur sa mort, qualifiée de « profondément choquante ». Et Human Rights Watch (HRW) dénonce par la voix de sa directrice pour le Moyen-Orient et l'Afrique du Nord, « l'échec du gouvernement à lui accorder des soins médicaux adéquats, encore moins des visites de sa famille », lui qui était à l'isolement 23 heures par jour.


L’ONU exige une enquête indépendante

 

« Toute mort soudaine en prison doit être suivie d'une enquête rapide, impartiale, minutieuse et transparente menée par un organe indépendant afin de faire la lumière sur la cause du décès », a déclaré Rupert Colville, porte-parole du Haut-Commissariat aux droits de l'Homme. « Comme l'ancien président Mohamed Morsi était détenu par les autorités égyptiennes au moment de sa mort, l’État a la responsabilité de s'assurer qu'il était traité humainement et que son droit à rester en vie et à être soigné a été respecté », a-t-il rappelé.
Le porte-parole a toutefois souligné que « des inquiétudes » avaient été soulevées au sujet de ses conditions de détention et de son accès à des soins médicaux pendant sa détention. En mars 2018, une commission britannique indépendante, dirigée par le député conservateur Crispin Blunt, avait dénoncé le maintien à l'isolement 23 heures par jour de l'ex-président, qui souffrait d'antécédents diabétiques et d'insuffisance rénale.
« L'enquête devra en conséquence prendre en compte aussi tous les aspects du traitement infligé par les autorités à M. Morsi pour vérifier si les conditions de sa détention ont eu un impact sur sa mort », a relevé Rupert Colville.
Le Conseil des droits de l’homme des Nations Unies, dont la prochaine session s’ouvre le 24 juin, devrait mettre en place une enquête sur les graves violations des droits humains en Égypte, notamment les mauvais traitements généralisés dans les prisons et le décès de Morsi.

 

HRW dénonce des actes de torture

 

« La mort de l’ancien président Morsi est survenue suite à des années de mauvais traitements, de réclusion prolongée en isolement, de soins médicaux insuffisants et de privation de visites familiales et d’entretiens avec ses avocats », a déclaré Sarah Leah Whitson, directrice de la division Moyen-Orient et Afrique du Nord à Human Rights Watch qui estime que le gouvernement égyptien a commis « de graves abus contre Morsi » en le privant de ses droits fondamentaux de prisonnier. « Ce traitement viole le Pacte international relatif aux droits civils et politiques et va à l’encontre des règles minima pour le traitement des détenus des Nations Unies. D’après la Convention contre la torture de l’ONU, les mauvais traitements infligés à Morsi peuvent être considérés comme des tortures », continue la même source.
Les proches de Morsi ont confié à Human Rights Watch qu’ils n’avaient pu le voir en prison que trois fois au cours des six années qui ont suivi son arrestation. « Lors de leur dernière visite, en septembre 2018, Morsi avait relaté à sa famille qu’il n’avait pas de lit dans sa cellule de la prison d’al-Molhaq, qui fait partie du complexe pénitentiaire de Tora, et qu’il avait mal au dos et au cou à force de dormir par terre. Il leur avait également dit qu’il commençait à avoir des problèmes à l’œil gauche et que le médecin de la prison avait estimé qu’il pourrait avoir besoin d’une opération, mais qu’il n’y avait aucun suivi médical pour ces soucis de santé. Ses requêtes visant à être examiné par des professionnels de santé indépendants ont été ignorées à maintes reprises », rapporte HRW.
Un membre de la famille du défunt a déclaré à HRW que même lors des audiences au tribunal, les forces de sécurité gardaient l’ancien président à l’intérieur d’une cage de verre qui l’isolait des autres prisonniers et de ses avocats. Les médias, dans l’ensemble, se sont vu interdire de couvrir son procès. Ce proche de Morsi a décrit sa situation comme « un isolement total ». Il a déclaré que même pour ses heures d’exercice en prison, Morsi n’avait pas le droit de voir d’autres prisonniers.
« Le gouvernement égyptien a délibérément ciblé l’ancien président Mohamed Morsi en l’isolant et en le traitant de façon particulièrement dure », a déclaré Sarah Leah Whitson. « Quoi que l'on pense des actions politiques de Morsi, il a été traité de manière abjecte, et les responsables devraient faire l’objet d’une enquête et poursuivis comme il se doit ».

Mohamed Morsi, 67 ans, fut le premier président égyptien élu démocratiquement, pour une courte mandature entre 2012 et 2013, avant d'être écarté par l'armée. Le leader islamiste était emprisonné depuis sa destitution à l'été 2013. Il avait été jugé par la suite dans plusieurs affaires dont un dossier d'espionnage pour l'Iran, le Qatar et des groupes militants comme le Hamas à Gaza. Il a également été accusé de fomenter des actes de terrorisme. 
Mohamed Morsi a été enterré mardi au Caire en toute discrétion et sous haute surveillance. La télévision nationale d’Égypte a annoncé qu’il était décédé après être tombé dans le coma alors qu’il comparaissait au tribunal, placé dans une cage.

 




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