C’est mon histoire : « J'ai quitté un job en or pour ouvrir un gîte »

C’est mon histoire : « J'ai quitté un job en or pour ouvrir un gîte »
Source : Elle
07/09/2019 09:00

" Tu es folle de quitter ton super job ! Tu vas le regretter... " Je suis décidée à changer radicalement de vie, mais, face à certaines réactions, une petite voix chuchote dans un coin de ma tête : " Est-ce qu'ils n'ont pas raison ? "

Marie, 49 ans, a décidé d'abandonner son métier de gestionnaire de patrimoine pour s'installer dans un petit village où tout semblait la conduire. « Tu es folle de quitter ton super job ! Tu vas le regretter... » Je suis décidée à changer radicalement de vie, mais, face à certaines réactions, une petite voix chuchote dans un coin de ma tête : « Est-ce qu'ils n'ont pas raison ? » J'ai suivi des études de commerce pour devenir chef d'entreprise et être indépendante.

À 22 ans, trop jeune pour fonder ma boîte, je suis entrée dans un groupe hôtelier, où j'ai rencontré mon mari. La création de patrimoine par l'immobilier a toujours été mon dada. À 34 ans, j'ai eu l'opportunité de monter un cabinet de gestion de patrimoine avec deux associés. Ce métier me passionne. J'aime aider mes clients à atteindre leurs objectifs : acheter leur résidence principale, investir en vue d'arrêter de travailler et voyager, etc. Sans projet précis, je mets à profit mes compétences pour moi aussi : à 24 ans, je fais mon premier investissement locatif. Femme, et jeune, dans un milieu d'hommes, donc peu prise au sérieux par la clientèle très aisée, je travaille plutôt pour des personnes qui me ressemblent. D'une vie de luxe...

Pour des raisons pratiques, mes associés et moi décidons de fusionner avec une autre structure. De trois personnes, nous passons à dix, puis, après plusieurs rachats, à trente-cinq dont dix associés, avec plus de charges salariales et d'inertie dans les prises de décisions. Je dois sélectionner davantage les clients, m'éloigner des jeunes et du côté presque social que je donne à la gestion de patrimoine. Mais aider des millionnaires à faire tripler leurs millions plus rapidement n'est pas mon approche de ce métier. Le stress augmente, la maîtrise de mon activité s'estompe. Pendant quelques années, le soir, je fais des maraudes avec une petite association auprès de sans-abri à qui nous apportons nourriture, vêtements et un lien dont ils manquent cruellement. Entre eux et des clients à la tête d'un patrimoine de 10 millions d'euros qui ne dorment plus à l'idée d'en perdre provisoirement 50 000, il y a un gouffre. Je gagne bien ma vie, des gestionnaires d'actifs m'invitent à déjeuner dans de beaux restaurants, m'offrent des voyages, des croisières...

Mais je ne prends plus de plaisir à exercer ce métier. Quand, un jour, plusieurs associés veulent vendre leurs parts pour partir à la retraite, je décide de sauter le pas pour reprendre une vie plus simple, en adéquation avec qui je suis. Je veux moins de contraintes et quitter Lyon, où je me suis installée après mon divorce. Mes trois enfants sont grands. Je ressens le besoin d'un retour aux sources dans la Drôme des Collines, où habitait ma grand-mère, dont j'étais très proche et chez qui, enfant, je passais toutes mes vacances. Mes parents y vivent. Je trouve un ancrage, un apaisement dans ces beaux paysages vallonnés sillonnés de petites rivières. Je voudrais rendre les gens heureux en leur offrant un lieu où faire un break pour se charger d'énergie positive. Lorsque je rencontre Jean de façon improbable sur un marché de Lyon, nous nous rejoignons sur cet état d'esprit. À nous deux, nous avons sept enfants et nous voudrions un lieu où les réunir avec les petits-enfants à venir, mais où l'on ne se sente pas perdu quand personne ne nous rend visite. Jean tombe malade. Un cancer qui renforce notre choix : les années filent, la vie peut s'arrêter demain, d'où l'urgence de faire ce qu'on aime. Directeur export d'une société de canons à neige, il passe son temps dans les avions. Il ne veut plus de cette vie. Ensemble, nous visitons une vingtaine de maisons. Dans un hameau, une bâtisse correspond exactement à ce que nous recherchons : de plain-pied, elle est composée de trois parties d'époques différentes, avec 5 000 m 2 de terrain, une belle piscine, des tilleuls, des bambous et des palmiers. Je m'y sens tout de suite bien. Jean, lui, ne voit rien de la maison : il passe la visite à parler avec le propriétaire, un ami de l'école primaire qu'il n'a pas revu depuis des décennies ! Nous rappelons pour revenir, mais le directeur d'un haras tout proche veut acheter la maison sans même l'avoir vue. Finalement, c'est à nous que le propriétaire la vend en raison de son lien avec Jean. Moi qui suis plutôt active, je deviens contemplative : je regarde les paysages, j'écoute les oiseaux, je profite de la nature. ... Au luxe d'une vie simple Pendant une année, je continue à travailler la semaine et je passe les week-ends avec Jean dans notre maison. Il commence les travaux et moi la déco. Dans notre hameau vit une infirmière qui lui fait une piqûre chaque matin tant qu'il est malade. Il faut trouver un nom au gîte qui ne peut pas être baptisé du nom du village (Ratières !), ni de celui de la rue (chemin du Pissot !), ni de celui du cours d'eau qui coule tout près (le Merdaret !). Une belle-soeur de Jean propose « la Marjeanerie » qui rassemble nos deux prénoms. Adopté ! Pour moi, le plus compliqué est d'entendre des discours négatifs : « Réfléchis bien. Vas-tu aimer vivre à la campagne toute l'année ? Pourquoi quitter un job en or et vivre avec moins de revenus ? » C'est mal me connaître, je ne suis pas matérialiste, mais c'est un peu déroutant. Pour rester centrée et garder le cap, je pratique le qi gong et la méditation. J'arrête mon travail le 1er mai mais dès le week-end de Pâques, le gîte était complet - et il le sera tout l'été. Je veux être à l'écoute des attentes des visiteurs. Voir nos hôtes repartir enchantés est très gratifiant. Nous conservons notre liberté de fermer le gîte pour organiser des cousinades ou des fêtes. Je n'ai pas de contraintes financières : les loyers des logements que j'ai achetés m'apportent un complément de revenus. Mes parents habitent à un quart d'heure, ce qui est rassurant puisqu'ils vieillissent et que je suis fille unique. Ils peuvent compter sur moi. Mes oncles et tantes vivent dans les alentours. Tout me donne le sentiment agréable d'appartenir à cet endroit. Moi qui suis plutôt active, je deviens contemplative : je m'assieds et je regarde les paysages, j'écoute les oiseaux, je profite de la nature...

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