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Harlem, l'épicentre new-yorkais de la "renaissance" artistique afro-américaine

Par Map -le

Harlem, l'épicentre new-yorkais de la "renaissance" artistique afro-américaine

De l’emblématique Cotton club dans le quartier mythique de Harlem en plein cœur de l’Upper Manhattan à New York jaillissent des mélodies musicales “nostalgiques” qui rappellent l'effervescence culturelle tous azimuts qui bouillonnait parmi les membres de la communauté américaine d'origine africaine dans le pays de l’Oncle Sam des années 1920 et 1930.

Du Jazz au Blues en passant par tous les genres littéraires, l’art du théâtre et la sculpture émergeait ce qu’on appelle aujourd”hui “The Harlem Renaissance”, un mouvement artistique révolutionnaire et transformateur qui va marquer les esprits à New York, dans les autres Etats de l’Amérique et bien au-delà.

Les origines de ce mouvement “identitaire” remontent au début du 20è siècle lorsqu’une vague d’Afro-américains estimés à 175.000 personnes ont décidé de quitter les West Indies et le Sud des Etats Unis où sévissaient des conditions sociales défavorables, à la quête d’un lendemain meilleur dans la partie nord du pays où fleurissaient opportunités économiques, libertés, prospérité et autonomisation politique.

Appelée la “Great Migration”, cette vague a fait de Harlem l’épicentre de la population afro-américaine, favorisant entre autres l’émergence d’une classe moyenne très active et l’éclosion d’un mouvement artistique gravé dans le marbre mené par des figures de renommée comme Bessie Smith, Louis Armstrong qui va créer le style Swing dans le Jazz, Langston Hughes (poète et journaliste), Zora Neale Hurston (romancier), W.E.B Du Bois et Alain Locke (intellectuels).

“Cette période marquante de l’histoire de Harlem et de New York en général a favorisé l’émergence d’un grand nombre de musiciens et d’artistes de couleur à l’instar de Duke Ellington, Cab Calloway, Fats Waller et Billie Holiday”, relève le journaliste Joseph Dugan, en soulignant que plusieurs noms ont réussi à entamer leur carrière professionnelle grâce à la popularité dont jouissait ce mouvement culturel.

Dans son article publié sur “NYSmusic.com”, Dugan indique qu’à la faveur de la grande popularité de la "Renaissance de Harlem", des clubs de Jazz ont élu domicile dans ce quartier comme le très célèbre Cotton Club où s’est produit Louis Armstrong et bien d’autres, ajoutant que des symboles vivants de cette renaissance ont aussi vu le jour durant cette période charnière de l'effort collectif pour élever le statut de l’identité culturelle afro-américaine, à savoir les emblématiques théâtres de l'Alhambra Ballroom et d’Apollo.

Grâce à la “Great Migration”, Harlem fut le berceau des plus grands esprits, talents et érudits de l'époque. “Entre la fin de la Première Guerre mondiale et le milieu des années 1930, cette constellation d’artistes a produit l'une des périodes d'expression culturelle les plus importantes de l'histoire du pays : la Renaissance de Harlem”, lit-on sur le site officiel du National Museum of African American History and Culture.

Cette renaissance, qui a fait des émules à Cleveland (Ohio) et à Los Angeles (Californie), est plus qu’une “explosion culturelle et créative”. Pour Alain Locke, écrivain et enseignant à l’Université de Harvard connu comme le “doyen de la Harlem Renaissance”, il s’agit d’un “mûrissement spirituel” dans lequel les Afro-Américains ont transformé “la désillusion sociale en fierté raciale”.

Cet élan de créativité a soustrait de l’ombre de grandes œuvres de l’art afro-américain et a inspiré des générations d’artistes et d'intellectuels. “L'autoportrait de la vie, de l'identité et de la culture afro-américaine qui a émergé de Harlem a été transmis au monde entier”, souligne le National Museum of African American History and Culture dans un article consacré à ce mouvement.

Pour l’auteur de l’article, cette renaissance a radicalement redéfini le prisme à travers lequel les personnes d'autres races apercevaient les Afro-Américains et appréhendaient l'expérience afro-américaine.

Impressionné par “l’allure transformationnelle” de Harlem où se prolifèrent maisons d’édition et compagnies de musique et de presse, le célèbre écrivain Wallace Thurman, auteur de “The Blacker the Berry”, un roman sorti en 1929, considérait ce quartier new-yorkais comme “la terre de possibilités sociales et personnelles considérables, voire révolutionnaires”.

Soucieux d’apporter sa contribution à cette dynamique de créativité culturelle, cet écrivain a créé, aux côtés de plusieurs leaders du mouvement dont Hughes, Hurston et Douglas, le magazine “Fire”. L’objectif de cette initiative, qualifiée d’audacieuse et innovante par BBC Culture, était d’encourager et de soutenir les œuvres des jeunes artistes et créateurs.

Portée en premier lieu par la Great Migration, le destin a voulu que la Great Depression de 1929 brise l’élan de la Renaissance de Harlem et amorce son déclin. Cette crise économique sans précédent a gravement impacté la viabilité financière des entreprises, des publications, des fondations et des maisons d’édition appartenant à des Afro-Américains.

Aujourd’hui, certaines facettes de cette renaissance artistique résistent aux aléas du temps, alors que d’autres initiatives ont vu le jour dans l’objectif de rendre hommage à un pan entier de la mémoire africaine des Etats Unis. La création dans les années 1980 de Harlem Blues and Jazz Band en est la parfaite illustration.

“Notre rêve est de transmettre ce riche héritage de notre histoire aux générations futures”, a lancé le saxophoniste de cette troupe lors d’un concert organisé récemment dans la ville de New Rochelle (Banlieue new-yorkaise) en célébration du mois de l’histoire noire. Pour lui, il s’agit d’un devoir de mémoire pour sauvegarder un aspect distinctif du patrimoine afro-américain contre les assauts d’une mondialisation débridée où la monoculture tente de prendre l'ascendant aux dépens de la diversité.


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