Le coup de sifflet final de la CAN 2025 n’a jamais vraiment retenti. Dans la nuit, la commission disciplinaire de la Confédération africaine de football a livré sa décision sur les incidents de la finale Maroc–Sénégal. Un verdict attendu. Un verdict lourd en chiffres. Et un verdict qui, pour le Maroc, ressemble davantage à un exercice d’équilibrisme qu’à un acte de justice sportive.
Sur le papier, la CAF a sanctionné les deux camps. Côté sénégalais, le sélectionneur Pape Bouna Thiaw est suspendu pour cinq matches CAF et condamné à une amende de 100.000 dollars pour avoir appelé ses joueurs à quitter le terrain. Deux internationaux, Iliman Ndiaye et Ismaïla Sarr, écopent chacun de deux matches de suspension pour comportement antisportif envers l’arbitre. À cela s’ajoutent des amendes infligées à la fédération pour le comportement des supporters, des joueurs et du staff.
Du côté marocain, Achraf Hakimi est suspendu pour deux matches, dont un avec sursis, tandis que Ismaël Saibari écope de trois matches fermes et d’une amende de 100.000 dollars. La FRMF est également sanctionnée pour le comportement des ramasseurs de balles, l’utilisation de lasers par des supporters et l’envahissement de la zone VAR par des membres de l’équipe.
Le fond évité, les détails sanctionnés
Le cœur du dossier marocain était pourtant clair. Les articles 82 et 84 du règlement de la CAN prévoient le forfait pour toute équipe quittant le terrain sans autorisation de l’arbitre. Or, en finale, le Sénégal a quitté la pelouse. Longtemps. Devant tout le monde. Caméras allumées.
C’est précisément sur cette base que le Maroc avait déposé des réserves dès le 19 janvier, puis à nouveau le 20 janvier 2026, constituant un dossier étayé par des images et des éléments factuels. Malgré cela, la commission disciplinaire a estimé que ces violations ne justifiaient pas l’application des articles invoqués.
La CAF reconnaît des comportements antisportifs. Elle reconnaît une atteinte à l’image du football. Mais elle refuse d’aller au bout de sa propre logique réglementaire. Comme si quitter le terrain devenait une infraction… négociable.
Deux poids, deux lectures
La comparaison fait grincer. Appeler ses joueurs à quitter le terrain en finale de CAN vaut cinq matches de suspension et une amende. Jeter une serviette, en revanche, peut coûter cher aussi. Très cher. Achraf Hakimi et Ismaël Saibari sont sanctionnés pour des faits sans impact sur l’intégrité du match, pendant que l’acte le plus grave reste, lui, sans conséquence sportive majeure.
Sur le plan juridique, le verdict soulève de sérieuses interrogations. Le principe de proportionnalité, pilier du droit du sport, semble avoir été rangé dans le même tiroir que les articles 82 et 84. Fermé. À clé. Des actes portant atteinte à l’intégrité même de la compétition ont été sanctionnés par des mesures jugées légères, tandis que des gestes sans impact direct sur le déroulement du jeu ont conduit à des suspensions lourdes.
Autre zone d’ombre : selon les informations disponibles, les joueurs marocains sanctionnés n’auraient pas été auditionnés, contrairement aux représentants sénégalais. Une différence de traitement qui alimente le sentiment d’injustice et fragilise la crédibilité de la procédure.
Une justice d’équilibre, pas de principe
Au-delà du cas marocain, la portée de cette décision dépasse le cadre d’une finale. Elle interroge la capacité de l’instance continentale à sanctionner fermement les atteintes graves aux règles du jeu et à protéger l’intégrité des compétitions. En cherchant un équilibre artificiel entre les deux parties, le verdict donne le sentiment d’une justice comptable plutôt que principielle.
Le message envoyé est trouble. Quitter le terrain en finale n’est plus une ligne rouge absolue. C’est une faute parmi d’autres, monnayable, diluable, ajustable. Une prime à la tension, au rapport de force, et à la pression sur l’arbitre.
Et maintenant ?
Le verdict est rendu en première instance. Le Maroc peut faire appel. Puis, si nécessaire, saisir le Tribunal arbitral du sport. La voie juridique existe. La question est stratégique.
Faut-il prolonger le combat dans les couloirs, ou tourner la page et regarder devant ? La Coupe du monde 2026 se profile. Le Maroc continue de grandir sur le terrain, dans les instances, et dans les résultats.
Mais une chose est sûre : cette décision ne rend pas justice au match, ni à ce qui s’est réellement passé ce soir-là à Rabat. Le trophée est parti. Le débat, lui, ne fait que commencer.


