Leïla Slimani : rencontre avec la romancière de l’ultramoderne solitude des femmes

Leïla Slimani : rencontre avec la romancière de l’ultramoderne solitude des femmes
Source : Elle
27/08/2016 10:17

A partir d’un terrible fait divers, la romancière plonge dans la tête d’une nounou et nous livre une poignante « Chanson douce ». Entretien intime et radical.

Il y a deux ans, elle a débarqué en littérature avec son roman «Dans le jardin de l’ogre », une «Madame Bovary X » selon l’expression de sa propre mère, portrait tout en ombres et finesse d’une jeune femme qui fait l’amour comme elle respire, jusqu’à en perdre le souffle. Leïla Slimani confirme son talent narratif et incroyablement féroce dans « Chanson douce »*, deuxième roman uppercut contant la dérive délirante d’une nounou meurtrière. Dans ce livre à sensations fortes, l’écrivaine de 34 ans dissèque les ambiguïtés de la relation complexe qui unit les parents avec ceux qui gardent leurs enfants et explore les affres des mères. Qui se cache derrière cette peintre de dissimulatrices, romancière de l’ultramoderne solitude des femmes ? Rencontre avec une écrivaine littérairement et politiquement audacieuse.
 
ELLE. Vous avez trouvé l’idée de votre premier roman en allaitant votre fils devant la télévision diffusant en boucle l’affaire DSK. « Chanson douce » est-il né d’un fait divers ?
 

Leïla Slimani. Oui, j’ai été frappée par un article racontant une affaire datant de 2012 qui a eu lieu dans une famille à New York. Une nounou gardait les enfants depuis plusieurs années, je me souviens très bien, dans le journal, de sa photo dans la bibliothèque de l’appartement, avec les parents qui disaient : « Elle faisait partie de la famille ! » Et puis, un jour, la mère a trouvé les pièces plongées dans le noir et les enfants assassinés par la nounou qui avait tenté de se donner la mort. L’écriture est partie de là.
 
ELLE. Aviez-vous vous-même une nounou pour votre fils ?

 
Leïla Slimani. Mon fils avait environ 6 mois et j’en cherchais une ! Je me laissais glisser dans le cauchemar que je décrivais, j’imaginais tout ce qui pouvait se passer de plus atroce et, d’une certaine façon, c’était libérateur. Je ne me suis pas permis d’avoir des angoisses pour ma vie personnelle, sinon je serais devenue folle. Il m’a fallu passer par ce moment que j’ai ressenti comme bizarre : l’entretien d’embauche de la femme à qui vous allez confier votre enfant. Avec la fatigue des premiers mois après l’accouchement, avec ce nourrisson dont je ne savais pas très bien comment m’occuper, j’avais beau avoir
 30 ans, je me sentais encore un bébé. Je voyais 
des femmes qui avaient dix ou quinze ans de plus
que moi, des vies plus cabossées que la mienne 
et je me suis dit qu’il y avait quelque chose 
d’étrange et de riche dans cette relation. ...




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