Pas de personnages, pas de scénario: Terrence Malick invente le film qui ne sert à rien

Pas de personnages, pas de scénario: Terrence Malick invente le film qui ne sert à rien
Source : lesinrocks.com Livre
08/09/2016 13:46

"Voyage of Time : A Life Journey", de Terrence Malick (copyright Mars Films 2016)Alors que Terrence Malick semble perdu dans un délire mégalomane et mystique sans prise sur le réel, le modeste mais réussi "Jackie" de Pablo Larrain offre à Nathalie Portman une de ses plus belles performances.

Malgré l’échec de son précédent film, Knight of Cups, Terence Malick a toujours une rayonnante aura qui pouvait se mesurer à la file d’attente de la première projo de presse de Voyage of Time : A Life Journey, la plus longue de cette Mostra. Présenté en compétition, ce documentaire se propose de raconter l’histoire de l’univers et de notre planète, depuis le Big Bang, et cela en 90 minutes. Presque aussi fort que la visite du Louvre par Godard en 5 minutes, ou le commentaire politique en 140 signes. Mais chez Godard, la visite éclair du musée était un trait d’humour, alors que Malick est d’un sérieux papal. En fait, c’est assez simple de décrire Voyage of Time : c’est Tree of life sans les personnages et la fiction. Ou encore, le prologue et le trip final de 2001, parsemés de quelques images documentaires de populations souffrantes en divers endroits de la planète aujourd’hui.

“Voyage of Time : A Life Journey”, de Terrence Malick (copyright Mars Films 2016)

Défilent donc à l’écran nos amis les gaz, les nébuleuses, les trous noirs, les galaxies, les planètes, le feu, l’eau, les météorites, puis les algues, les paramécies, les dinosaures, les grands singes, puis nous, “ceux qui marchent debout” comme on disait dans la BD Rahan. C’est évidemment assez beau, mais Malick aligne les belles images comme un trip à l’acide, sans jamais rien imprimer de prégnant (c’est particulièrement vrai des miséreux, brièvement survolés de très loin ou de très haut).

Au son, de la musique grandiloquente, des explosions, des coups de tonnerre, des grondements telluriques divers, et la voix de Cate Blanchett qui dit le texte de Malick. Est-ce une prière ? Une élégie ? Une homélie ? Une méditation ? Terence Blanchett invoque la Mère (la Terre nourricière, on suppose), sa générosité, sa lumière, sa flamme, son silence, ses enfants abandonnés ou ingrats… C’est peut-être poétique (enfin, à mes oreilles, c’est surtout creux et répétitif), mais scientifiquement et philosophiquement, c’est nul. Et métaphysiquement, ça n’arrive pas à la cheville du grand singe de 2001.

Plus Malick invoque l’humanité en paroles, plus ses images s’en éloignent, campant dans une très haute tour d’ivoire, peut-être en compagnie de Dieu, l’invité principal de cette Mostra. Pourtant, Voyage of Time a été très applaudi. Alors que je faisais une moue dubitative, un célèbre critique français plus tout jeune et groupie de Malick me hurlait “mais enfin, relis Walt Whitman et tu comprendras !”. Mouais : le panthéisme, c’est quand même autre chose que la métaphysique pour les nuls.

Longtemps, je pensais que Malick rimait avec Kubrick, mais depuis Le Nouveau monde, il n’en finit pas de me décevoir. Ses films sont désormais de la même eau bénite que les grandes messes de Yann Arthus-Bertrand ou Jacques Perrin (qui co-produit ce film, ce qui n’est finalement pas un hasard).

Autre film très attendu sur le Lido, Jackie de Pablo Larrain, consacré non pas à notre ami Goldberg mais à l’épouse de Kennedy durant les quelques jours entre l’assassinat de Dallas et les obsèques nationales grandioses du défunt président. C’est toujours une idée plutôt bonne en matière de biopic de choisir de filmer le moment décisif d’une vie plutôt que prétendre représenter une existence entière en un film.

Ces quelques jours de novembre 63 renfermèrent un suc aussi intense qu’amer pour Jacqueline Bouvier épouse Kennedy : comment dans une période aussi courte digérer la mort violente de l’homme qu’on aime, sa tête sanguinolente s’affaissant dans ses bras, se coltiner les multiples enjeux de pouvoir et de sécurité qui s’en suivent illico, expliquer la nouvelle à ses enfants en bas âge, régler l’organisation des funérailles (pas simple : prévoir un cortège qui marche ou éviter la rue pour raisons sécuritaires ?), quitter rapidement son lieu de vie (la Maison Blanche) pour laisser la place au nouveau président (Lyndon Johnson), affronter les multiples conseillers et leur raison d’Etat ainsi que son beau-frère Bobby, encaisser l’assassinat du supposé assassin Lee Harvey Oswald qui décuple la parano ambiante, tout cela sans oublier de rester belle, digne et forte.

Jackie Kennedy a donc du gérer au débotté cet événement imprévu et toutes ses conséquences, cet infernal tourbillon émotionnel et politique, et c’est exactement ce maelstrom de courants contradictoires que filme Larrain, ainsi que la femme admirable qui essaye de rester verticale dans l’œil du cyclone. ...

 

 

 

 

 




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