Alejandro Paniagua, consultant pour l'OCDE : "Le Maroc gagnerait à s'inspirer du Pérou"

Alejandro Paniagua, consultant pour l'OCDE :
Source : Telquel.ma
11/10/2018 09:02

Dans cet entretien le chercheur et consultant auprès de l’OCDE en matière d’éducation, Alejandro Paniagua, revient sur les défis posés par la "nécessité" de l'innovation éducative, ses limites et sa "manipulation" par les responsables gouvernementaux.

Rencontré au colloque international du Conseil supérieur de l’Education, de la Formation et de la Recherche scientifique sur l’innovation éducative et la dynamique de la réforme au Maroc, le 9 octobre à Rabat, Alejandro Paniagua Rodriguez, chercheur à l’Université autonome de Barcelone et consultant pour le projet de pédagogie innovante pour un apprentissage puissant au Centre de recherche et d’innovation (CERI) affilié à l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE), nous parle de l’innovation éducative.

Pour lui, elle est régulièrement promue pour détourner l’attention des vraies problématiques rencontrées par les différents systèmes éducatifs à travers le monde : c’est-à-dire les inégalités et les coupures budgétaires forcées par le « néo-libéralisme » des pays du Nord.

TelQuel : Il y a-t-il une obsession avec l’innovation dans l’éducation ?

Alejandro Paniagua Rodriguez : Depuis le « choc PISA » de 2000, (la publication des résultats de l’enquête du Programme international pour le suivi des acquis des élèves pour l’année 2000 a surpris de nombreux pays d’Europe – l’Allemagne, le Portugal, la Pologne, l’Estonie – qui ont vu leurs élèves mal classés sur nombre d’aspects de l’apprentissage, ndlr) les pays de l’OCDE ont initié une course vers l’efficacité, afin de tirer le maximum de profit de l’argent qu’ils investissent dans l’éducation. C’est de là qu’est née une obsession pour les résultats.

Aujourd’hui, ces résultats ne correspondent plus à leurs agendas. Aussi, puisque l’Europe est en train de devenir de plus en plus néolibérale, la compétition s’est installée entre les pays, et c’est ce qui justifie pour eux la course à l’innovation. Dans les pays en développement, où le but est plutôt de construire les bases solides de l’éducation, on ne veut plus attendre 15 ans pour voir les premiers résultats positifs.

Alors on se tourne vers de nouvelles manières de fournir les bases d’un système éducatif de qualité, qui ne sont pas forcément considérées comme des innovations en Europe. Prenez les livres et les manuels par exemple, les pays en développement sont très intéressés par le mobile-learning, les livres digitaux, car ils coûtent moins cher et profitent à un plus grand nombre. Je pense également qu’il faut en finir avec les débats sur la définition de l’innovation.

Aujourd’hui, les politiciens, que ce soit au Nord ou au Sud, se perdent dans des discussions interminables sur comment aborder la question de l’innovation. On entend par exemple beaucoup de bruit sur la qualité du personnel enseignant, mais n’est-ce pas juste une manière de détourner l’attention des vraies problématiques, à savoir celle des inégalités ? Tout à coup, tous les regards se pointent sur les enseignants, comme si l’éducation été censée résoudre tous les maux d’un pays, ce qui n’est pas le cas...







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