Chômage technique, cagnottes, petits boulots : ces Américains touchés par le "shutdown"

Chômage technique, cagnottes, petits boulots : ces Américains touchés par le
Source : France24 International
08/01/2019 09:00

Musées et monuments fermés, employés fédéraux privés de salaire : le "shutdown" est entré dans sa troisième semaine aux États-Unis. Donald Trump doit s’exprimer en direct sur le sujet mardi soir. En attendant, nombre d'Américains sont inquiets.

Circulez, tout est fermé. Ces dernières semaines, les coins touristiques de Washington sont dépeuplés. Les seuls visiteurs qui s’aventurent dans les allées du Mall, cette esplanade géante où sont rassemblés musées et monuments, se heurtent à des portes closes. "C’est fermé ? Tout est fermé ?" demandent deux touristes sénégalais devant le très populaire Musée de l’air et de l’espace. "Le 'shutdown' ? On en avait entendu parler mais on a quand même tenté le coup", sourient-ils, avant de faire demi-tour.

"Shutdown". Depuis le 22 décembre, date à laquelle le Congrès américain n’a pas renouvelé le financement de certaines administrations fédérales et donc cessé de payer leurs employés, le terme tourne en boucle dans la tête des Américains. Le président Donald Trump, farouchement attaché à sa promesse d’un mur à la frontière mexicaine, veut faire financer celui-ci par le budget fédéral, ce que les démocrates refusent. Un dialogue de sourds s’est installé.

Sept morts dans les parcs nationaux

 

Le tourisme est particulièrement affecté dans les parcs nationaux. Dans les plus beaux où les ordures s’entassent, comme Yosemite ou les Great Smoky Mountains, l’entrée reste ouverte, aux risques et périls des visiteurs puisqu’aucun ranger n’est présent pour les informer ou les protéger. Déjà sept morts ont été recensés depuis le 22 décembre, dont trois accidents et quatre suicides.

Le "shutdown" est aussi un cauchemar pour le porte-monnaie de quelque 800 000 employés fédéraux. La moitié est mise au chômage technique. L’autre, considérée comme "personnel essentiel", est forcée de travailler… sans salaire. Dans certains services, les employés commencent à s’impatienter. La TSA (Transportation Security Administration, le service de sécurité des aéroports) a ainsi vu un certain nombre d’agents se faire porter pâles ces derniers jours. "Si vous n’avez pas de chèque pour payer vos factures, qu’est-ce que vous faites ?", a demandé Rudy Garcia, leader syndical, sur NBC. "Vous cherchez un autre job." La perspective de longue files d’attente et d’une brèche de sécurité dans les aéroports-clés met davantage de pression sur la Maison Blanche et le Congrès pour parvenir à un accord. Mais Donald Trump a prévenu ces derniers jours que le "shutdown" pourrait durer "des mois voire des années". Il doit s’exprimer en direct mardi soir sur le sujet.

Petits boulots pour payer les factures

Vanessa*, 31 ans, ne sait pas combien de temps elle pourra tenir. "Le 'shutdown' est tombé pile le jour de mon anniversaire, raconte-t-elle à France 24. À ce moment-là, j’étais la plus optimiste de mon bureau et je pensais que cela prendrait fin très vite." Deux semaines plus tard, elle n'a toujours pas repris le travail. "Je ne peux même pas en profiter pour aller rendre visite à ma famille sur la côte ouest car si le 'shutdown' prend fin, j’ai entre trois et quatre heures pour retourner à mon poste", regrette-t-elle.

En attendant, Vanessa travaille comme serveuse dans un restaurant de Washington. "Cela me permet de gagner un peu d’argent et de manger gratuitement. J’essaie de ne pas toucher à mes économies, mais ça n’est pas évident." La jeune femme s'estime moins pénalisée que d’autres : "Je vis seule dans un appartement peu cher et l’unique dette que je dois rembourser est mon emprunt étudiant", relativise-t-elle. Pour l’instant, elle tient le coup : "J’espère simplement que les démocrates ne vont pas lâcher et lui donner de l’argent (à Donald Trump, NDLR) pour le mur. C’est un projet inutile et raciste."

Pour d’autres employés fédéraux, la situation est plus urgente. Carol* est mère au foyer dans le Maine. Son mari est considéré comme "personnel essentiel" et doit donc se rendre au travail tous les jours sans être payé. Sans le seul salaire du foyer, la famille ne pourra pas tenir longtemps. "Le plus âgé de nos trois enfants est autiste, raconte-t-elle à France 24. Nous avons dû suspendre sa thérapie le temps du shutdown car nous ne pouvons pas payer le reste à charge de l’assurance en plus de nos factures. Nous avons dû demander à notre propriétaire de nous donner du temps pour le loyer."

Une cagnotte pour joindre les deux bouts

Depuis deux semaines, la famille de Carol réduit ses activités. "On ne quitte pas la maison pour ne pas gaspiller d’essence ou être tentés par des achats inutiles, explique-t-elle. Et je ne peux pas me permettre d’aller travailler pour ramener un second salaire car on ne pourrait pas payer la garde d’enfants. Avec mon fils autiste, on ne trouve pas de baby-sitter à moins de 20 dollars de l’heure. Si la situation ne s’améliore pas d’ici le milieu du mois (les salaires sont payés tous les 15 jours, NDLR), on devra puiser dans nos économies pour garder les lumières allumées." Pour Carol et son mari, la situation est "injuste et humiliante, non seulement pour nous, mais aussi pour tous nos créanciers, propriétaires, écoles, à qui l’on doit dire : 'Désolé, on sait que vous méritez cet argent, mais on ne peut pas vous payer tant qu’on ne nous paye pas.'"...




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